Pelléas et Mélisande, Debussy

mise en scène d’Eric Ruf

L’intention dramaturgique d’Eric Ruf

Pour l’œuvre singulière qu’est Pelléas et Mélisande, Eric Ruf s’éloigne de la dimension symbolique pour ancrer l’histoire dans le concret: des matières rugueuses, une nature présente à tous les moments, des personnages aux corps enfievrés aux prises avec le rythme particulier des silences qui émaillent l’œuvre.

Fluide, sobre, claire et respectueuse du texte, à la fois incarnée et surnaturelle, la conception d’Éric Ruf enchaîne les scènes comme les plans d’un film,  amenuise les archaïsmes du texte de Maeterlinck, joue  avec subtilité de l’imagerie médiévale. Le jeu d’acteur, réglé au cordeau, fait l’éloge de la lenteur : chaque geste est lourd, mûri, dense.

L’intégration des trois servantes, telles les trois Parques (présentes chez Maeterlinck) accentue la dimension tragique tout comme la présence des éléments aquatiques, qui culmine dans un acte final ruisselant.

La scénographie

Pour sa scénographie, Eric Ruf s’est inspiré de la base de sous-marin de Lorient : un lieu abandonné, hors du temps, où la lumière ne pénètre point et où les stalactites finissent par se former tant l’humidité y est présente. Le vieux château d’Allemonde est ainsi suggéré par un dispositif sombre et humide, comme l’intérieur d’un silo ou d’un réacteur de centrale en demi-cercle sur fond d’eau stagnante. Cette eau, omniprésente sur scène, représente toutes les sources évoquées dans le livret – tantôt fontaine, tantôt grotte, tantôt l’océan… Au cintre, une forêt de filets modifie le paysage au gré des scènes. Poétiquement mis en lumière par Bertrand Couderc, le décor semble sans cesse mouvant, trouble.

Les costumes de Christian Lacroix, loin de la référence moyenâgeuse, rappellent un royaume déchu: grandeur passée, broderies sur costumes sombres, cols en astrakan, et d’autre part, un côté pêcheur irlandais, avec des éléments pratiques (pulls, casquettes…). Seul le costume de Mélisande comporte des rayons de lumière et de couleur: dorée, comme sur certains tableaux de Gustav Klimt, elle illumine ce royaume sombre de sa présence.

Dans la presse

Sans rien révolutionner, mais avec une infinie délicatesse, la mise en scène du patron de la Comédie-Française laisse flotter cet opéra, où les non-dits sont aussi éloquents que les paroles, où l’eau reflète les âmes comme un miroir, pour mieux les engloutir ensuite.

Fluide, sobre, claire et respectueuse du texte, à la fois incarnée et surnaturelle, la conception d’Éric Ruf enchaîne les scènes comme les plans d’un film, amenuise les archaïsmes du texte de Maeterlinck, joue avec subtilité de l’imagerie médiévale. La direction d’acteur, exemplaire d’humanité, permet à la somptueuse distribution (…) de s’exprimer librement, dans de somptueux costumes (…) signés Christian Lacroix.

Epurée, un rien esthétisante, [la mise en scène d’Eric Ruf] redistribue les cartes du symbolisme fondateur de l’œuvre avec une prédilection pour la donne aquatique.

Voici le meilleur Pelléas et Mélisande donné à Paris de ces quinze dernières années. (…) Le spectacle, avec son parfum d’enfance bretonne, garde un naturel et une vérité de tous les jours. C’est précisément dans cet alliage de réalisme et d’onirisme que la soirée séduit durablement.

Documentation disponible


Contact:

Baptiste Charroing, Directeur de production et diffusion
bcharroing@theatrechampselysees.fr

Amélie Deletré, Chargée de production
adeletre@theatrechampselysees.fr

(c) photos : Vincent Pontet