Tristan et Isolde

mise en scène de Pierre Audi

Tristan et Isolde vu par Pierre Audi

Pour son sixième Wagner, Pierre Audi a cherché un espace visuel atemporel et inventé qui accentue le huis-clos universel de cet opéra tout en conservant sa part de magie et de poésie. « La musique de Tristan est comme une musique cosmique : au-delà de la réalité. Elle vous plonge dans un sentiment d’infinité« , dit Pierre Audi. S’inspirant de sources littéraires, dont le Tristan de Gottfried von Straßburg, Pierre Audi révèle les relations complexes qui lient les personnages de l’opéra, entachées par l’assassinat du fiancé d’Isolde par Tristan.

« Friedrich Nietzsche est le premier à qualifier l’opéra d’« Opus metaphysicum ». Pour ses contemporains comme pour nous aujourd’hui, Tristan et Isolde représente la célébration ultime de l’extase amoureuse et ce qui est au-delà de l’amour. Mais le philosophe allemand va plus loin : « Aujourd’hui encore je suis à la recherche d’une œuvre qui exerce une même fascination dangereuse, un tel frisson dans la colonne vertébrale et le même infini bonheur que Tristan – je l’ai cherché en vain, dans tous les arts ».

Ce « frisson dans la colonne vertébrale » et cet « infini bonheur », ce désir d’un domaine au-delà des limites naturelles du temps et de l’espace, c’est ce que j’explore dans mon interprétation de l’opéra. L’infini et l’intemporalité rehaussent la dimension des deux protagonistes principaux, qui incarnent un idéal, un rêve, une utopie. Ils deviennent cet amour qu’ils chantent. C’est du mythe de l’amour lui-même dont il s’agit, d’Eros, qui mène à la mort, Thanatos. De la chute de l’homme et son salut à travers une spiritualisation des sens.

Dans sa musique, Wagner utilise des sons et des images archaïques, archétypales. L’histoire de Tristan est aussi celle de deux êtres qui revendiquent leur autonomie dans un environnement devenu hostile. Une histoire d’amour fatale, électrisée par l’ingestion d’une dose mortelle de philtre. L’opéra est un huis-clos avec six protagonistes, chacun d’eux expérimentant l’acte d’aimer, qui est aussi utopique qu’il n’est destructeur pour leur propre existence. »

DECORS ET COSTUMES

En s’inspirant d’épaves de bateau démantelées à marée basse, Pierre Audi utilise plusieurs panneaux mobiles dont la texture légèrement irisée et rouillée fait ressortir des effets de lumière et de couleur. Un projecteur vidéo à l’avant créera des images à partir de ce décor : il ne s’agit pas tant de vidéo que d’un pinceau de couleur qui donne vie aux éléments et apporte plusieurs niveaux de complexité au décor. Le chœur n’intervient qu’en coulisses, permettant de conserver l’intimité de l’opéra. Les costumes, aux coupes simples, sont réalisés dans une matière lumineuse qui accentue encore les jeux de lumière.

Au 1er acte, les panneaux représentent la cale d’un bateau. Le 2e acte, moment de rencontre des deux amants, se passe dans un jardin métaphysique symbolisé par des ossements de baleine, tels qu’ils étaient utilisés à une époque, en palissade, pour délimiter des espaces agricoles. Au centre, une pierre noire, objet symbolique qui représente le désir de la mort de Tristan et d’Isolde. Les amants cherchent à traduire leur amour dans quelque chose de concret : pour eux, seule la mort est l’union possible de cet amour. Au fur et à mesure, la pierre noire se désintègre en faisant apparaître une structure vide…

Au 3e acte, qui accueille la mort de Tristan, un corps s’élève sur un monument, comme le faisaient les tribus indiennes de l’Amérique du Nord avec leurs morts. La chambre au fond, représentée façon camera oscura par les panneaux mobiles du 1er acte, vomit des rochers noirs qui se répandent sur scène.

Un carré noir vient s’intercaler à trois reprises lors des apparitions du roi Marc.

Extraits du spectacle

Photos du spectacle