Mithridate

mise en scène de Clément Hervieu-Léger

L’HISTOIRE

L’histoire est celle de Mithridate, roi du Pont : figure historique réelle, Mithridate VI (132-63 av. J.-C.) régna sur le royaume du Pont, autour de la mer Noire. Il résista longtemps aux Romains, allant jusqu’à imaginer un projet d’invasion de l’Italie. Comme la pièce de Racine, l’opéra de Mozart fait la part belle aux intrigues amoureuses des deux fils de Mithridate, Xipharès et Pharnace.

L’histoire débute avec la mort annoncée de Mithridate. Alors que le pays est en guerre avec Rome, les deux frères réclament le trône et la main d’Aspasie, la princesse grecque promise à Mithridate. Aspasie, elle, semble sensible aux avances de Pharnace… Le retour inattendu du roi provoque la panique dans ce triangle amoureux. Trahisons, revirements et coups bas se suivront jusqu’au happy-end final.

MONTER MITHRIDATE AUJOURD’HUI : L’INTENTION DRAMATURGIQUE

Comment raconter l’histoire de Mithridate, qui passe de la place de Nymphée, à un camp militaire et de jardins suspendus à la prison, tout en restant fidèle au lieu unique de la tragédie classique ? « Le seul lieu clos qui nous permettait d’inventer tous les autres lieux, c’est le théâtre lui-même », explique Clément Hervieu-Léger. « Il n’y a qu’au théâtre que l’on est complètement enfermé et où l’on peut en même temps voir le rivage, les jardins suspendus… Il ne s’agit pas de faire figurer ces lieux avec vraisemblance, mais de nous les faire rêver ».

Autre enjeu : la distribution. Mozart a écrit pour des castrats – tous les rôles d’hommes dans Mithridate étaient chantés par eux, et sont aujourd’hui interprétés par des femmes. Comment rendre ce travestissement crédible ?

Clément Hervieu-Léger se joue de ces enjeux en créant une double fiction. « Imaginons une troupe d’acteurs enfermée dans un théâtre, en temps de guerre, et qui décide de jouer Mithridate. Mais, en temps de guerre, qui reste-t-il ? Les enfants, les femmes, et des hommes blessés qui ne sont pas partis au front. » Le travestissement est alors indispensable. Lorsque Mithridate retourne du front romain, mortellement blessé, les deux histoires se rejoignent. « C’est à ce moment-là que le théâtre a lieu et que ce miracle nous émeut. Retour du roi dans la tragédie, et retour des hommes de la guerre – où est la réalité, où est la fiction ? »

FAIRE DU THEATRE : UN ACTE MILITANT

« Les événements du mois de janvier 2015 ont rendu d’autant plus nécessaire cette volonté de monter Mithridate. Faire du théâtre aujourd’hui est un acte de résistance. Il faut continuer à jouer la musique coûte que coûte. » C’est d’autant plus fort que l’oeuvre de Mozart se termine par un bref quintette final qui chante « Résistons à Rome, et sauvons la liberté ». Il est essentiel. Nous ne sommes plus dans l’histoire de Mithridate, mais devant des artistes qui, sur scène, disent : « Résistons, et c’est là, notre liberté ». La tragédie se termine, mais l’histoire se poursuit.

Décors et costumes

L’action se déroule dans un théâtre à l’abandon qui est devenu un lieu de vie. Du velours rouge fatigué, quelques rangées de fauteuils, un plafond qui laisse percer la lumière par endroits… la guerre est passée par là. Dans cet endroit à moitié démoli, il reste des bouts de bâti, d’accessoires, de vieilles épées, des jupons, des projecteurs laissés ici et là, des couvertures.. De quoi jouer tout le répertoire !

Ce que décident donc de faire les « habitants » du théâtre.

La décision de situer l’action dans un théâtre permet de dépasser la question de l’époque. Entre la Rome antique, le XVIIe siècle de Racine, le XVIIIe de Mozart et une esthétique plus contemporaine, Clément Hervieu-Léger a fait ce dernier choix. Dans un théâtre où tout est possible, il suffit d’un bout de costume d’époque ajusté sur un costume contemporain pour rêver à l’Orient…

Documentation disponible