La Clémence de Titus

mise en scène de Denis Podalydès

La Clémence de Titus vue par Denis Podalydès

Années 1930. Dans un Etat en pleine déroute, la cour de Titus s’est réfugiée dans un grand hôtel en attendant le dénouement de la crise. Un grand désordre règne dans le vaste hall d’entrée, où se bousculent ministres désemparés, journalistes en quête de dernières informations, intrigants et fonctionnaires de toutes sortes. Faut-il continuer à soutenir l’Empereur ou plier bagages ?

Titus est désorienté, tant par le chaos qui règne dans son pays que par le départ de Bérénice dont il est amoureux et qu’il a été contraint de chasser : « il la renvoya malgré elle ». Autour de lui se rassemble une poignée de fidèles. Sextus, son ami intime. Vitellia, une star pâlissante qui rêve encore de devenir impératrice. Un conseiller, Annius, amoureux de Servilia, la sœur de Sextus. Enfin, Publius, dont l’honnêteté et le sens de l’Etat sont irréprochables. Aveuglés par leurs passions, ils ne voient ni la foule qui les entoure et les dévisage, ni la fin qui s’approche.

Sextus, conscient de l’amour que Vitellia porte à Titus, n’en reste pas moins amoureux. Vitellia entend se servir de cet amour pour en faire l’arme de sa vengeance. Sextus hésite, mais obéit à Vitellia.

L’hôtel prend feu – est-ce un attentat, une erreur ? On ne saura pas. Les occupants de l’hôtel tentent de fuir les lieux envahis par la fumée et le feu. Sextus accomplit le meurtre, mais – erreur encore ! – ce n’est point Titus qu’il tue… Dans ce chaos, les protagonistes, concentrés sur eux-mêmes, semblent ignorer le danger. Le feu est éteint ; l’hôtel est dévasté. C’est dans les décombres que justice sera rendue.

L’intrigue est découverte, les aveux sont faits : des aveux de faiblesse, dont les protagonistes prennent conscience à leur repentir. Le pardon de Titus, qui préfère la loyauté du repentir à la loyauté sans tache, couronne cette nouvelle lucidité. Dans le final, la cour se rassemble peu à peu dans le lobby de l’hôtel, attirée par « l’aube miraculeuse, qui laverait même l’Etat, restaurerait celui-ci, agirait comme un deus ex machina humaniste », ainsi que le décrit Denis Podalydès.

La beauté de cet opéra tient beaucoup à l’expression de la faiblesse humaine, l’indécision, l’erreur, l’ennui, le vide ou le refus du pouvoir, l’atermoiement de l’action et du verdict. Et que ce chaos peut aussi être le lieu d’une grandeur, d’une bonté, d’une humanité en déroute mais profondément juste.

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