Il Ritorno d’Ulisse in Patria, Monteverdi

mise en scène de Mariame Clément

L’intention dramaturgique de Mariame Clément

Mariame Clément suit les trames éclatées du Retour d’Ulysse, entre humour et sentiments, entre tendresse et violence.

Dans un palais d’une blancheur éblouissante, scrutant la mer, Pénélope rêve : c’est là que, vingt ans auparavant, elle a vu disparaître Ulysse. C’est là aussi qu’elle espère le revoir un jour. De retour sur Ithaque, Ulysse pose pied sur le rivage et se retourne, contemplant l’étendue d’eau qui semble déjà l’appeler pour un nouveau départ… Symbole à la fois de l’attente d’un retour, et d’un désir de partir, la Méditerranée revient hanter la mise en scène de Mariame Clément. L’un reste, l’autre part: Le Retour d’Ulysse est aussi, métaphoriquement, une histoire de couple. Guère besoin de partir pendant vingt ans pour se sentir éloignés au sein d’un couple : le quotidien, partagé pendant des années, peut parfois créer le même effet.

Pénélope n’est pas une héroïne, pas plus qu’une nourrice, ou une méchante femme: c’est une épouse. Le genre de personnage à être délaissé tant par son mari que par le librettiste qui, souvent, le condamne à la mort avant le début d’un opéra. C’est donc à travers cette femme d’un certain âge, mais encore belle, que l’on découvre le royaume d’Ithaque que Pénélope dirige depuis le départ de son époux. Chaque matin est ponctué d’un lancinant lamento: « Torna, torna Ulisse » , répète Pénélope, « Retourne, je n’en peux plus ». Du lever au coucher, du travail le jour aux veillées nocturnes, à chaque moment, à chaque soupir: « Torna, torna Ulisse ». Les personnages du prologue sont alors autant de pensées qui viennent envahir Pénélope.

Puis Ulysse revient. Dans une bataille sanglante, il tue des dizaines d’hommes qui espéraient récupérer son trône. Pénélope, abasourdie par cette violence qu’elle ne lui connaissait pas, refuse de reconnaître son époux dans cet assassin inconnu. Tout l’enjeu du 3e acte prend forme: « Je suis l’épouse d’Ulysse, mais d’Ulysse disparu », s’obstinera Pénélope, avant de se ranger « aux raisons d’Amour » .

Scénographie et costumes de Julia Hansen

Sur la base d’un décor épuré, inspiré de l’architecture de la Grèce antique, de multiples références viennent se croiser dans un univers baroque et foisonnant. De ce décor classique surgissent des éléments d’inspirations diverses, de la machinerie baroque au Pop art ou au cinéma de Tarantino. Ainsi, la grande scène de combat d’Ulysse voit se déployer, sur un fond classique, une bataille à la fois gore et stylisée, rehaussée par des bulles de comic strips – « Ouch! Bam! Bang! » – descendant des cintres tels des nuages en carton dans un opéra baroque, pendant que les murs du palais se couvrent de giclées de peinture rouge.

Le décor principal, transformable à plusieurs niveaux, est animé par nombre de trouvailles : un tapis roulant amène des accessoires, des personnages, voire le décor d’une scène entière. Le Mont Olympe est figuré par le cadre s’ouvrant dans le mur du fond sur le « troquet » des Dieux, où ceux-ci se rassemblent pour commenter les aventures des humains qui se déroulent à leurs pieds, sur scène. Ce dispositif permet des allers-retours constants entre passé et présent, récit marin et scène de campagne grecque, vie au Palais et rendez-vous au bistrot de l’Olympe.

Pour suggérer le passage du temps (20 ans se sont écoulés depuis le départ d’Ulysse pour la guerre de Troie), Mariame Clément et Julia Hansen ont choisi de suggérer l’existence d’un ordre ancien et d’un monde nouveau. Le couple d’Ulysse et Pénélope a, à travers leur gestuelle et leurs costumes, un caractère archaïque, évocation d’un monde enfoui. Certains personnages, plus âgés et fidèles à Ulysse, portent également des costumes archaïques.  Les prétendants ont en revanche des costumes plus modernes. Cela montre le temps qui a passé en une seule image. La même idée régit les décors : le palais s’est dégradé avec le temps, les prétendants s’y sont installés et l’ont profané.

Documentation disponible